[25/03/2019] – Le Dauphiné – Émeutes à Mistral : la réaction politique a-t-elle été à la hauteur ?

Comment les élus se sont-ils comportés pendant la crise qui a secoué la ville ? Comment les habitants ont-ils perçu leurs différentes visites, mais aussi leurs décisions ? Trois semaines après le début des événements, on a fait le point avec des élus, des militants et des habitants.

Des émeutes de 2010, dans le quartier de la Villeneuve, on se souvient d’une seule image politique : celle du président Sarkozy prononçant son discours de Grenoble, axé sur la déchéance de la nationalité… Un épisode qui était apparu très vite décalé par rapport aux causes profondes des événements.

Trois semaines après le déclenchement des émeutes de Mistral, suite au décès d’Adam et Fatih, on peut se poser cette question : la réaction politique a-t-elle été la bonne localement comme au niveau national ?

Les émeutes ont fait couler beaucoup d’encre

Si on compile les différents communiqués, on s’aperçoit que les émeutes ont fait couler beaucoup d’encre. Le candidat et ancien maire, Alain Carignon, est sûrement celui qui a tapé le plus fort en fustigeant « les choix de la municipalité » et en lançant : « Je demande à Eric Piolle de rétablir l’ordre, la sécurité et la justice. Les Grenoblois n’en peuvent plus ».

L’eurodéputée grenobloise Mireille D’Ornano (ex-FN, aujourd’hui Les Patriotes) est, elle aussi, montée au créneau contre la municipalité : « Guérilla urbaine à Grenoble […] Pas de vidéo protection, pas d’armement des policiers municipaux, pas de véritable plan de sécurité : quand Éric Piolle va-t-il ouvrir les yeux ? »

Laurent Wauquiez (LR), président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, a visité les locaux incendiés de l’Institut de formation sanitaire et sociale IRFSS Croix-Rouge française, quelques jours après la députée LREM Émilie Chalas. Et le maire Éric Piolle (EELV) et sa première adjointe Elisa Martin (LFI) se sont rendus plusieurs fois sur le terrain pendant les émeutes.  Photos Le DL

Laurent Wauquiez (LR), président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, a visité les locaux incendiés de l’Institut de formation sanitaire et sociale IRFSS Croix-Rouge française, quelques jours après la députée LREM Émilie Chalas. Et le maire Éric Piolle (EELV) et sa première adjointe Elisa Martin (LFI) se sont rendus plusieurs fois sur le terrain pendant les émeutes. Photos Le DL

Matthieu Chamussy, élu d’opposition de droite à Grenoble, même s’il fut plus soft, s’est néanmoins étonné de l’absence de soutien officiel du maire aux forces de l’ordre.

Quant au président de la Région, Laurent Wauquiez (LR), il est venu sur place pour constater les dégâts sur les locaux incendiés de l’IRFSS Croix-Rouge française et en a profité pour tacler Macron et Philippe : « Est-ce que c’est ça la République ? J’interpelle très clairement le gouvernement. Ce n’est pas normal qu’il ne soutienne pas plus les policiers, à qui je tiens à rendre hommage. Le gouvernement doit rétablir l’ordre. »

« Le maire débarque à vélo… »

Alors, la réaction politique a-t-elle été à la hauteur ? Cette question, on l’a posée aux premiers intéressés. Et devinez quoi, les avis divergent selon le côté politique où on se trouve. Certains ont jugé, en off, que la gestion municipale avait été « trop brouillonne ».

« Le maire débarque à vélo à une réunion où rien n’est calé. D’autres élus se pointent ensuite à tour de rôle. On a eu l’impression d’une vraie improvisation. Les déclarations étaient vagues. Où était la compassion pour les habitants qui vivaient au milieu des émeutes ? Et pas un mot pour s’élever contre la stigmatisation d’un quartier, pour défendre Grenoble ! », nous a dit une personne engagée, et vraiment dépitée.

Laurent Wauquiez (LR), président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, a visité les locaux incendiés de l’Institut de formation sanitaire et sociale IRFSS Croix-Rouge française, quelques jours après la députée LREM Émilie Chalas. Et le maire Éric Piolle (EELV) et sa première adjointe Elisa Martin (LFI) se sont rendus plusieurs fois sur le terrain pendant les émeutes.  Photos Le DL

Laurent Wauquiez (LR), président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, a visité les locaux incendiés de l’Institut de formation sanitaire et sociale IRFSS Croix-Rouge française, quelques jours après la députée LREM Émilie Chalas. Et le maire Éric Piolle (EELV) et sa première adjointe Elisa Martin (LFI) se sont rendus plusieurs fois sur le terrain pendant les émeutes. Photos Le DL

Ailleurs, on a plus volontiers critiqué la « venue express » de Laurent Wauquiez ou l’attitude du gouvernement : « Le mec, Wauquiez, il se pose comme un cow-boy. Il reste une heure. Il ne rencontre aucun habitant et tape sur le gouvernement. Vive la récupération » ou « Qu’a fait Castaner ? Il était où ? On ne l’a pas vraiment entendu, comme si les habitants des quartiers étaient moins importants que d’autres. On fait tout un fromage sur le Fouquet’s qui brûle, mais Mistral, on s’en fout. »

« Le plus bel acte politique on le doit aux parents qui, malgré leur deuil, ont appelé au calme »

Du côté du maire, en revanche, le ton est plus apaisé : « Nous avons été mobilisés chaque jour, chaque nuit. Nos élus, nos services ont été présents pour les habitants. J’ai participé à la marche blanche. On a ouvert une salle municipale pour rencontrer les habitants », nous dit Éric Piolle, avant d’ajouter : « Laurent Wauquiez ? Il a été très clean. Il est venu visiter les locaux que la Région finance et c’est bien normal. Quant au gouvernement, Christophe Castaner m’a appelé en direct pour s’enquérir de la situation et de son évolution. J’ai eu le préfet aussi en permanence. Personne n’a fait de grands effets de manche. C’est tant mieux, c’est plus digne. Et le plus bel acte politique qui a été posé pendant ces jours troublés, on ne le doit pas à des élus. Non, on le doit aux parents qui, malgré leur deuil, ont appelé au calme. »

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