[08/05/2019] – Le Dauphiné – « L’instauration de la prime de précarité, une sacrée victoire »

Émilie Chalas est la rapporteure du projet de loi sur la fonction publique, porté par le secrétaire d’État Olivier Dussopt. Elle explique le texte.

Quel est le calendrier législatif du projet de loi sur la fonction publique ?

« La commission des lois de l’Assemblée a bouclé la semaine passée l’examen du texte, porté par le secrétaire d’État Olivier Dussopt. Il arrivera à l’Assemblée nationale le 13 mai. Je pense sincèrement que c’est un texte majeur qui va moderniser la fonction publique. Il va refonder le contrat social qui lie nos agents publics au service de leur pays, sans toucher au statut de fonctionnaire. Il a pour but de libérer et protéger les agents. Il va responsabiliser les employeurs du public et permettre que les fonctionnaires embrassent leur destin. »

Ce n’est pas le cas aujourd’hui ?

« Il faut savoir écouter ce que les agents disent. Cela fait déjà dix ans, au fil des réformes menées, qu’ils dénoncent une perte de sens dans leur travail. Cela correspond d’ailleurs avec le début du “fonctionnaire-bashing”…»

Et votre réforme va permettre un retour du « sens » et la fin du bashing ?

« Notre réforme est surtout une boîte à outils RH, qui permettra de mieux accompagner les fonctionnaires dans leurs parcours individuels et de redynamiser le management. Et le fait que le président de la République a annoncé, lors de sa conférence de presse, que la suppression des 120 000  fonctionnaires n’était plus un objectif politique en soi, est une très bonne chose. Car on peut très bien réfléchir à régler la voilure des services publics sans passer par une approche numéraire. Ce qui coûte cher en fait, ce ne sont pas les fonctionnaires, mais bien une certaine gestion des services, dont les agents ne sont pas responsables. Il faut arrêter de les pointer du doigt. »

Quand Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, évoque les chiffres de l’Inspection générale des finances (IGF) pour demander que tous les fonctionnaires travaillent 35 heures par semaine, ne participe-t-il pas au bashing ?

« Cela peut en effet laisser entendre que tous les fonctionnaires sont à 32 heures. Ce qui est totalement faux ! J’ai travaillé comme directrice générale des services dans une commune iséroise, et je peux vous dire que je n’ai pas vu de fainéants ni de privilégiés, mais des agents concernés qui ne comptaient pas leurs heures. Après, ce que le ministre a voulu sûrement dire, c’est que nous allons faire un rappel à la loi sur les 1 607 heures, c’est-à-dire que nous allons rendre caducs les accords passés avant 2000 qui font qu’aujourd’hui une minorité de fonctionnaires est à 32 heures. Nous allons aussi harmoniser les autorisations spéciales d’absence (mariage, veuvage, etc.) afin que tous les agents soient placés sous le même régime, alors qu’aujourd’hui cela peut varier d’un service à l’autre. »

Vous défendez aussi l’instauration de la prime de précarité dans le public pour les contrats d’une durée égale ou inférieure à un an…

« Nous ne pouvons pas demander aux employeurs privés d’être exemplaires en matière de recours aux contrats courts et ne rien exiger des employeurs publics… Aujourd’hui, les moins scrupuleux d’entre eux multiplient en effet les petits contrats de vacataires, créant ainsi de la précarité dans le public. C’est insupportable. En instaurant la prime de précarité dans le public, on va les pousser à réfléchir sur les contrats qu’ils vont signer, car cela va leur coûter 10 % du brut. L’instauration de cette prime, qui va coûter 600 millions d’euros par an, sera une sacrée victoire ! Les agents qu’on embauche pour quelques heures par semaine, sans penser aux conséquences, c’est bientôt fini. Les contrats pourront être mieux pensés et agencés. »

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